Montaigut (en Albigeois), site cathare

Montaigut (en Albigeois), site cathare

Cette année 2009, on fête un peu partout dans les provinces méridionales, la commémoration de la croisade menée contre les Albigeois, qui a débutée en juillet 1209. Et, dès que cette croisade est programmée, le pape Innocent III, met en proie les Etats des comtes de Toulouse.

Montaigut - Ancienne Tour de défense du châteauAncienne Tour de défense du château, devenue « support » de l’abside de l’église

La Tolérance n’étant pas la vertu de la chrétienté, puisque dès que l’on pratiquait une croyance autre que celle de Rome, on était condamné à l’hérésie. Car aimer sa religion, c’était toujours condamner celle d’autrui !

Donc en 1208, dans le mémorandum constitué par la chrétienté, on trouve comme sites, classés hérétiques : Montaigut, (ainsi que Montauban, Rabastens, Saint-Marcel, Verfeil, Cadalen, Graulhet, Saint-Martin de Laguépie, Cahusac [-sur-Vère], et multa alia…), sur la liste des châteaux appartenant au comte [de Toulouse], où se trouvent des hérétiques et des croyants. (Archives Départementales de l’Hérault - G1125, noté registre C, folio 78, r°)

Et les divers cahiers de l’Inquisition, nous éclairent sur ce lieu d’accueil et d’implantation de la dissidence cathare. Nous commençons d’abord par la déposition du 26 janvier 1244 du chevalier Guillaume Tondutz : « [Sans date], j’ai vu à Paulhac dans la maison de ma mère Cortesia les parfaits Salomon (Guillaume) de Verfeil (Haute-Garonne), ainsi que son compagnon, où ils rendirent hérétiques ma mère Cortesia, Bernard de Paulhac et je crois qu’il y avait à cette hérétication cinquante personnes dudit lieu de Paulhac, ou plus » Et le chevalier Tondutz ajoute : « [Vers 1204], ma mère s’est faite réconcilier de l’hérésie ». Puis il conclut : « Quand ma mère était parfaite, mon frère Bernard-Pons et moi lui fournissions annuellement trois cartons de froment, un demi-carton de noix et dix sous de Morlaas. Nous envoyions cela à l’endroit où elle restait ».

« [Vers 1214], j’ai vu des parfaits résident publiquement à Montaigut et à Paulhac ».

« [Vers 1224], j’ai vu à Montaigut, dans la maison de mon frère Ermengaud les parfais Bernard Lucran et son compagnon, qui étaient venus pour hérétiquer ledit Ermengaud, mais il ne fut pas hérétiqué, car il avait perdu la parole ».

« [Vers 1229], j’ai vu dans ma maison par deux fois les parfaits Adhémar de Roquemaure et son compagnon, qu’hébergeait ma femme Alazaïs ».

Par la suite le chevalier Guillaume Tondutz dit s’être confessé à frère Guillaume Arnaud, mais il ne lui a pas dit tout cela, parce qu’il ne se rappelait pas tout, et le lendemain 27 janvier 1244, il ajoute à sa déposition :

« [Vers 1232], j’ai eu un litige avec ma belle-sÅ“ur Riqua. De ce litige, le parfait Adhémar de Roquemaure (nous verrons ci-après qu’il était originaire de Montaigut), fit une composition (arrangement) dans la maison de Bernard Ath de Castelnau [de Montmiral] à Montaigut. Assistèrent à cette composition ledit Bernard Ath et ladite Riqua, Bernard de Saint-Jean et moi. Et tous les susdits adorèrent là ces parfaits ».

Et toujours ver 1232 : « J’ai vu une autre fois, dans ma maison le parfait Aymeric de Collet, qui était venu voir ma femme. Mais je ne l’ai pas adoré ».

« J’ai vu dans ma propre maison, plusieurs fois, la parfaite Stépanie Carnala, si [souvent], qu’elle fut bien un an dans ma maison en divers fois. Et je lui ai donné [souvent] à manger ».

« J’au vu à Paulhac, Maffré de Paulhac qui était parfait à l’époque, publiquement, et je l’ai adoré deux ou trois fois. Je ne me le rappelais pas quand j’ai fait mon autre confession ». (Cahiers de Bernard de Caux)

Montaigut - L’égliseConstruction de l’église sur les ruines du château, venant symboliquement écraser l’hérésie

Pour notre région, nous trouvons également dans les textes des événements, qui se sont passés à Rabastens, Gaillac, Graulhet, Cordes, Paulhac, Tauriac, Salvagnac, Villemur, Montauban, Albi, Castres, etc., ainsi que dans certaines villes du bas Quercy. Néanmoins Guillaume Tondutz, abjure l’hérésie et jure de se tenir aux ordres de l’Eglise et de poursuivre les parfaits.

Et un Pierre Daydé de Pradelles en Cabarès, déclare dans sa déposition du 8 février 1244 : « [Vers 1239], quand j’étais au château de Montaigut en Albigeois, Raimond de Verdier me fit voir en dehors de Montaigut, dans un casal, les parfaits Aymeric de Collet et son compagnon. Vint là, Pierre Bonnet, qui est maintenant parfait, auquel ces parfaits parlèrent. Peu après Raimond de Verdier et moi quittâmes ces parfaits et retournâmes à Montaigut ». (Déposition des survivants de Montségur - Registre de Ferrier)

Effectivement certains textes nous disent que le diacre, Aymeric de Collet était très actif dans l’Albigeois jusqu’en 1243, puis plus tard on le retrouve dans la région d’Hautpoul en Montagne-Noire.

Puis Isard seigneur de Tauriac, dans sa déposition du 18 mai 1244, déclare : « [vers 1229], à Montaigut dans le diocèse d’Albi, dans un appentis de la maison de Bérenger de Saint-Jean, mon gendre, j’ai vu Adhémar de Roquemaure et son compagnon, parfaits, mais je n’ai vu là qu’un jeune homme qui m’amena à ces parfaits. Je ne les ai pas adoré ». (Extraits des cahiers de Caux - Période de l’Inquisition 1243/1247).

En ce qui concerne le chevalier Bérenger de Saint-Jean, voyez mon article : Invitation à une réflexion intelligente.

Par contre dans la sentence prononcée le 30 août 1244 à Castres, les inquisiteurs Ferrier et Durand : « Ordonnent d’exhumer et de brûler les ossements de Raimond de Malafalguière de Montaigut en diocèse d’Albi ». (Fonds Doat, vol. XXI). Le comble de l’horreur des inquisiteurs dominicains, quand ces derniers ne donnaient pas parfois, le reste du corps d’un défunt comme chair à corbeaux !

Et l’hérésie ne faisait pas tout à fait l’unanimité dans les familles de Montaigut, puisque le chevalier Bernard de Roquemaure, refuse de saluer son parent (ou frère) Adhémar, qui lui est un parfait ou un bonhomme. En effet, d’après la déposition de Dame Honors, femme de Guiraud de Castelnau de Montmiral, déclare le 6 novembre 1245 : « [Vers 1230], elle dit qu’à Las Combes au diocèse d’Albi, dans la maison de Na Gaillarde, elle a vu Adhémar de Roquemaure et ses compagnons parfaits. Et le chevalier Bernard de Roquemaure (parent du parfait) qui accompagnait le témoin allant dans son pays à savoir Montaigut dans le diocèse d’Albi, près de Rabastens, d’où elle était d’origine. [Elle a vue également], Gaillarde, maîtresse de maison, Raimonde, filles de la même Gaillarde, et Maffrée de Las Combes, bru de cette Raimonde. Mais le témoin n’a pas adoré ni vu adorer. Ledit chevalier Bernard de Roquemaure qui était là avec le témoin sortit de la maison, parce qu’il y avait trouvé ces parfaits (notamment son parent Adhémar), et ne voulut pas y revenir jusqu’à qu’ils fussent partis. Ces parfaits dirent alors à ce chevalier Bernard de Roquemaure qu’il était mal intentionné, car cela n’avait jamais été refusé par personne de sa parenté ». (Registre de Bernard de Caux, vol. I)

Puis les registres de l’Inquisition, nous font connaître une partie de la vie du site de Montaigut. En effet, fin 1254, début 1255, devant le tribunal de Toulouse, voici la déposition du parfait, converti, Sicard de Lunel : « [vers 1240], après cette journée ( ?), Pierre Capelle, Carbonnières et moi, parfaits, et ledit Déodat Robert, croyant, qui allait avec nous, vînmes au château de Montaigut, chez Salomon (Sicard) de Montaigut et sa femme Sibille, qui nous reçurent. Nous y fûmes deux jours et y trouvâmes alors Adhémar de Roquemaure (noble de Montaigut) et Pierre Bouloil, parfaits. Nous mangeâmes là, aux frais de Adhémar de Roquemaure. Et ce Salomon et sa femme, à notre arrivée, nous adorèrent, et de même à notre départ. Ils nous donnaient de leur vin, je ne me rappelle pas qu’ils aient mangé avec nous.

A cette époque, la vicomtesse de Montaigut et Batturana sa fille vinrent voir Pierre Capelle. A leur arrivée et à leur départ toutes deux nous adorèrent et entendirent notre prédication et notre exhortation. Nous visita alors Pierre Rasques, qui de même nous adora à l’arrivée et au départ. Et comme nous, parfait, voulions partir de là, ce P. Rasques nous donna Pierre Dagues de Montaigut pour nous accompagner Jusqu’au village de La Garde . Nous y vînmes, mes compagnons et moi et ce P. Dagues, qui dit qu’il n’avait pas vu de parfaits jusqu’alors, … ». (Cahiers de Fanjeaux n° 3 - Les registres des parfaits convertis). Cette partie de texte, nous confirme que Montaigut, était bien un lieu de passage où les bonshommes s’y arrêtaient pour se reposer et se nourrir et peut-être pour convertir certains adhérents à la secte Albigeoise. En fait, Montaigut se trouvait sur un axe de circulation, allant de la Montagne-Noire au bas-Quercy, et vice versa. Est-ce que la seigneurie de Montaigut, était une vicomté ? Puisque Sicard de Lunel, nous parle d’une vicomtesse ! Etait-elle l’épouse d’Arnaud de Montaigut (vicomte) ?

Enfin, entre 1262 et 1266, devant le tribunal de Carcassonne, le parfait converti Guillaume de la Boudarié fait la déclaration suivante : « Bernard Gaubert et Barnard de La Garde, du territoire de Montaigut amenèrent et accompagnèrent mon frère Bernard et moi Parfaits, jusque près du mas de Raimond Rainaud (commune de Lisle), … » (Revue Hérésis n° 3).

On peut voir déjà, qu’à cette époque la villenouvelle/Bastide portuaire de la Yla (Lisle), était bien existante, puisqu’elle a été créée vraisemblablement dans la période de 1230-1248. Et petit à petit, inquisiteurs et viguiers, vont tout faire dans le temps, pour que le site de Montaigut disparaisse au détriment de cette nouvelle agglomération. Ces déclarations, nous confirment qu’après le traité de Paris de 1229, qui a mis fin à la croisade, il se trouvait encore sur le site de Montaigut une certaine activité bien après cette date. Montaigut, n’a pas été démantelé dès 1229, comme il est écrit dans certains ouvrages. Voyez mon livre :

De Montegut à Lisle en Albigeois - Gérard Veyries

Enfin, nous connaissons la suite réservée à l’hérésie Albigeoise, ainsi qu’à l’Occitanie ! Mais cela est une autre histoire.

Néanmoins, le lecteur peut se reporter à mon article : Commémoration de la croisade menée contre les Albigeois.

Gérard Veyries.

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